Visiter l’exposition  Oskar Kokoschka un fauve à Vienne. Cet artiste de talent qui fit partie de la Secession viennoise des années 1900 est un peu l’enfant terrible du mouvement. En effet, sa peinture expressive et même expressionniste est d’une fougue inouie mais aussi le reflet de son temps. Voyageur inflexible il est aussi écrivain humaniste et dramaturge.

Depuis 1860 Vienne connaît un développement sans pareil. L’empereur François Joseph vient de doter le pays d’une nouvelle constitution. Par ailleurs, un large plan prévoit de détruire les fortifications de Vienne et de déployer les faubourgs autour de la Ringstrasse. Des architectes tels que Adolphe Loos, Josef Hoffmann ou Otto Wagner contribuent à construire de nouveaux bâtiments. Leurs lignes pures et fonctionnelles détonnent par leur modernité. Pour autant, Vienne demeurait sous l’emprise de l’autorité bourgeoise qui fit très vite réagir les jeunes artistes.

Lorsque l’Etat commanda aux artistes de l’école des Arts Décoratif de prendre en main le décor de ses nouveaux établissements, un mouvement de scission se dessina. En effet, nombre de jeunes talents firent Sécession dans l’idée de créer un style nouveau: le Jugenstil. Nous sommes en 1898. Ainsi, Koloman Moser et Josef Hoffmann révolutionnaient les arts décoratifs. Puis, Gustave Klimt inventait un nouveau répertoire décoratif où poésie, mosaïque et dorure habillaient des jeunes femmes. Enfin, Egon Schiele peignait de magnifiques corps torturés.

Parmi ces nouveaux talents, le plus en vue est Oscar Kokoschka. Ce jeune prodige de 21 ans n’a pas terminé ses études qu’il essaie au cabaret Fledernaus, de projeter dès l’ouverture une série de figures de « conte de fée indien ». En l’espace de quelques mois il est propulsé au premier rang de l’avant-garde autrichienne. Il apparaît comme un artiste engagé, porté par cette nouvelle avant-garde. Peintre, mais aussi écrivain, dramaturge et poète, il a aussi un certain talent pour la provocation.

En effet, si l’empereur fait étonnamment preuve de bienveillance envers ces nouveaux talents, il accepte difficilement les provocations de l’art de Kokoschka. Car pour ce dernier, le mouvement Sécession n’est pas un mouvement de rupture esthétique mais de rupture avec le système impérial. Il est intimement persuadé de la puissance perversive de la peinture, vecteur d’émancipation.

L’art de Kokoshka est expressif, voire expressionniste. Sa matière picturale très dense alimente une fougue énergique vibrante. Grâce à quoi l’artiste met en valeur de façon frappante l’état d’âme de ses personnages et leurs vibrations intérieures. Il place souvent ses personnages dans des atmosphères sombres que font vibrer des éraflures et des frottis bien ciblés. Ses modèles se voûtent, se crispent, tendent la main ou agitent les bras.

Voyageur infatigable, il entreprend un voyage à Berlin et entretient une liaison tumultueuse avec Alma Malher, la veuve de Gustav. Ebranlé par sa rupture avec elle, il s’engage dans la Première Guerre mondiale où il est blessé à deux reprises. A la démobilisation, il rejoint Dresde et recherche de nouvelles formes picturales. Mais les idéaux politiques et la montée du fascisme le terrifient. Il fera désormais partie des « peintres dégénérés ».

Contraint à l’exil, il part en Grande-Bretagne et après la Seconde Guerre mondiale, il restera toujours proche de l’avant-garde intellectuelle.

Oskar Kokoschka. Un fauve à Vienne réunit une sélection unique des 150 œuvres les plus significatives de l’artiste permettant de mettre en valeur ses multiples facettes en temps que peintre dramaturge et écrivain humaniste.

Visiter l’exposition  Oskar Kokoschka un fauve à Vienne. Visite disponible du mardi au dimanche
De 10h à 18h
. Nocturne le jeudi jusqu’à 21h30. Du 23 septembre 2022 au 12 Février 2023